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PATHE’O
Il fait des confidences !
Pourquoi,
il a pleuré !
16/06/08
Pathé’O
a accepté de faire des confidences sur ses débuts dans la
mode et lever un coin de voile sur ses perspectives
d’avenir. Tout n’a pas été facile pour lui même si
aujourd’hui, il habille des chefs d’état. Lisez cet
entretien exclusif du Maître.
. De Guibaré, ton village
natal aux quatre coins du monde. Que de chemins
parcourus !
-
Guibaré est à
87 km de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Je
suis parti du village comme tout jeune Burkinabè qui, à
un moment donné de sa vie trouve que le village est
assez restreint. Les possibilités de s’en sortir sont
limitées. On se dit alors qu’il faut bouger. Mais où
pour aller ? Avant notre époque, la destination favorite
était le Ghana. Ensuite, c’était autour de la Côte
d’Ivoire qui a coïncidé avec notre époque. Là, on part
pour la Côte d’Ivoire sans savoir pourquoi on y va. On
n’a pas un programme tracé, on n’a pas une adresse
précise. On n’a pas une idée de ce qu’on va faire
exactement, donc, on va à l’aventure comme ça. A la
limite, on se cache des parents pour partir. Je pars
donc de mon village. J’arrive à Ouaga. Et là, il faut
continuer sur la Côte d’Ivoire. Mon ami et moi qui
faisions chemin ensemble n’avions pas assez d’argent
pour aller directement à Abidjan. Alors, on s’arrête à
Ferkessedougou. Nous étions en 1969. C’est à Ferké qu’un
monsieur est venu nous chercher pour aller travailler
dans sa plantation. Mais en fait, c’était un piège. Tous
ceux qui arrivaient du Burkina Faso (à l’époque
Haute-Volta) étaient parqués dans un centre à Bouaké. Je
crois que ça s’appelait la maison de la main d’œuvre de
Côte d’Ivoire. Il y avait plus de quatre cents à cinq
cents lits. C’est là que les planteurs venaient choisir
les manœuvres pour aller travailler dans leurs
plantations. Malheureusement, mon frère et moi étions
trop petits et personne ne voulait de nous. C’est trois
jours après notre arrivée qu’un planteur est venu
chercher nous qui restons. On était sept. Il nous a
amenés à Bouaflé où on a trouvé d’autres jeunes
Burkinabè qui travaillaient dans sa plantation. Nous
devrions être rémunérés trente mille francs CFA l’an. On
devrait peut-être y faire deux à trois ans et repartir
au pays. Quand on voit qu’on doit payer le vélo, la
chemise, le pantalon et ramener un peu d’argent aux
parents, nous avons constaté que trente mille ne nous
arrangeaient pas. C’était vraiment difficile et on a dit
à notre tuteur qu’on ne pouvait pas rester là. Il a été
compréhensif et nous a mis dans une Peugeot 504 avec
deux mille comme argent de poche pour aller à Sinfra. Là
aussi, on nous prend pour travailler par an et on n’a
pas voulu. Nous sommes allés travailler dans une
rizière. Dans notre village, on avait été dans le centre
de perfectionnement agricole, alors on connaissait
comment cultiver le riz. Et on était payé quatre mille
francs CFA par mois. C’était vraiment le paradis. Quand
j’ai touché mon premier salaire, j’ai dit que j’allais
continuer sur Abidjan. Sans savoir réellement ce que je
venais faire à Abidjan.
. Et
vous arrivez à Abidjan.
-
Oui, on arrive
à Abidjan. On est là, on ne sait rien faire. Du village
à la ville, tout était un peu grand pour nous. Les
belles maisons, les voitures, la télé, tout nous
impressionnait. Tout est beau mais comment faire pour
survivre ? C’est ce qui m’a conduit à l’apprentissage du
métier de couturier, ce qu’on appelle communément
apprenti tailleur.
.
Vous ne vous étiez jamais essayé à la machine ?
-
Non, je ne
connaissais pas. C’est pour cela que je dis que je suis
venu à la mode par nécessité. Parce qu’il fallait faire
quelque chose pour survivre à Abidjan. Mon premier
patron s’appelait Gaoussou Bakayoko qui faisait la
couture homme à l’avenue 6, rue 17 à Treichville. Je
suis resté pendant cinq ans avec lui. On dormait à
l’atelier sur les machines à coudre. L’apprentissage
était difficile. Le patron ne montait pas tout devant
les apprentis de peur qu’ils sachent coudre rapidement
et partir pour être ensuite ses concurrents. L’esprit
était différend de celui d’aujourd’hui. Pour monter les
manches d’une veste, le patron nous envoyait quelque
part ou le faisait carrément la nuit. Le lendemain, on
venait trouver que la manche de la veste est montée.
Aujourd’hui, quand je jette un coup d’œil dans le
rétroviseur, je vois que tout cela, c’était de la
formation. Après la couture homme, je pars apprendre la
couture dame à partir de 1975 chez Cheick N’Diaye, un
Sénégalais. C’est lui qui m’a appris la couture dame.
Avec lui, j’ai fait deux ans. Ce qui fait au total neuf
ans d’apprentissage. C’était dur mais à l’époque, on
n’avait pas d’autre choix que d’apprendre. C’était même
un plaisir de le faire. On dormait, on avait à manger et
on n’avait pas de charge comme c’est le cas aujourd’hui.
A l’époque on n’était pas aussi porté sur l’argent.
. Et
pendant ces neufs ans, comment les parents réagissaient
au village ?
-
Tous ceux qui
venaient après avec moi sont repartis au village deux à
trois fois voire quatre fois. Ils repartaient qui avec
une mobylette, qui avec un vélo, qui avec un rare poste
radio…Ils remettaient aussi de l’argent à leurs parents.
Les gens de mon village disaient que j’étais un enfant
perdu. Quand je disais que j’apprenais un métier, le
village ne le comprenait pas. Il a fallu que mon grand
frère vienne à Abidjan pour voir ce que je faisais. Il a
tout vu et il a dit qu’il allait rendre compte à papa et
à maman. Mais j’ai eu beaucoup de chance car mes parents
demandaient chaque fois si j’étais en bonne santé. Si
on leur disait que je suis en bonne santé, cela leur
suffisait. Je n’ai jamais reçu une lettre de mes parents
me demandant de l’aide. Je me souviens encore de
l’endroit où je suis resté avec mon grand frère quand il
repartait au village car cela m’a marqué. Il m’a posé
cette question : qu’est-ce que je vais dire à papa et
maman ? Il faut leur dire que je continue d’apprendre
mais je n’avais pas cinq francs pour leur donner. Ce
jour-là, j’ai pleuré. C’est incroyable ! C’est en fin
1977 après six moi de travail que je suis reparti au
Faso pour voir la famille. Je suis entré dans la cours
de mon papa avec 45 mille francs CFA. Personne ne m’a
demandé quoique ce soit. Au village, les gens n’avaient
pas une idée de ce qu’on appelle apprentissage. C’est
bien plus tard que les gens se sont rendus compte
qu’apprendre un métier, c’est utile.
. En
quelle année, vous vous êtes installés à votre propre
compte ?
-
En 1977. Je
travaillais avec une machine louée. On était trois dans
l’atelier dont la location était 3500 FCFA par mois.
. En
général, quand les Burkinabè arrivaient en Côte
d’Ivoire, ils travaillaient pour quelqu’un, un patron.
Pourquoi avez-vous décidé d’apprendre un métier et
travailler pour vous-mêmes ?
-
Je ne sais
pas. Je n’avais pas une idée directrice. Je voulais
faire quelque chose, c’est tout. On travaillait et on ne
savait pas où on allait mais on avançait quand même.
C’est plus tard avec les catalogues qu’on voyait les
noms des grands couturiers et on voulait maintenant les
ressembler et cela nous interpellait. En tout cas, le
premier grand couturier que j’ai rencontré, c’est Chris
Seydou (Paix à son âme) dans les années 86-87. En ce
moment-là, Chris arrivait de France et c’était vraiment
le Dieu de la couture. C’est lui qui a révolutionné
vraiment la mode en Afrique. C’était le premier Africain
à faire les vêtements européens à partir de la matière
africaine. C’est-à-dire, le Kita, le pagne tissé…Il a
même industrialisé le Bogolan. Nous, nous étions les
locaux et on travaillait pour ressembler à Chris
Seydou.
.
Aujourd’hui, la marque Pathé’O est connue partout dans
le monde. Est-ce que vous vous dites que vous êtes
arrivé au sommet ?
-
Non, la mode,
ce n’est pas comme le football ou tout autre sport où à
un moment donné, on arrive au sommet et on s’éclipse.
Puis, il y a la relève des plus jeunes ou des plus
performants. Non. Il n’y a pas de retraite dans la mode.
Il n’y a pas un stade, un niveau dans la mode où on peut
dire c’est bon, je suis arrivé. C’est un métier où il
faut toujours se remettre en cause. C’est maintenant que
les idées les plus novatrices me viennent en tête. Alors
qu’à l’époque, on travaillait juste pour arrondir les
mois. Aujourd’hui, on a une vision beaucoup plus large.
Plus qu’africaine, je dirais une vision mondiale.
Regardez les maisons Pierre Cardin, Christian Dior, Yves
Saint Laurent qui vient de mourir, Paco Rabane. Paco m’a
dit qu’en 1942 quand il était apprenti, c’était les
enfants d’immigrés ou les ratés qui venaient à la mode.
C’est pareil en Afrique. Aujourd’hui, c’est la mode qui
fait Paris. Il m’a dit qu’en dehors des armes, la
deuxième industrie qui donne des devises à la France,
c’est la mode. Je pense que c’est la vérité. Donc, la
mode, c’est un métier qui n’a pas de fin. Paco Rabane a
soutenu qu’un couturier meurt la paire de ciseaux en
main.
.
Comment expliquez-vous votre ascension ? Y a-t-il eu des
sacrifices ou des privations que vous avez dû faire ?
-
Je ne sais pas
si je suis arrivé à un niveau qui m’étonne. Il faut
d’abord dire Dieu merci car tout ce qu’on fait, on a
besoin de la santé pour avancer. Quand on regarde le
travail qu’on a battu, c’est énorme. Et dans tout autre
métier, si on abat le même travail, on arrivera quand à
un niveau plus haut. Quand vous embrassez ce métier,
vous êtes obligés de vous priver de pas mal de choses.
.
Comme quoi par exemple ?
-
Le week-end !
Quand les autres vont pour s’amuser, c’est nous qui
faisons leurs vêtements. A l’époque, les jeunes venaient
attendre chez le tailleur jusqu’à minuit. Il faut que
chacun ait son habit. Alors, le couturier, lui, ne pense
pas à ce week-end. Ca, c’est déjà une privation. Quand
les dimanches les autres visitent les espaces de
loisirs, les couturiers s’organisent et pensent à
comment entamer la semaine pour qu’il n’y ait pas de
retard. On est obligé de vivre notre métier. J’ai eu des
amis journalistes comme Roger Fulgence Kassy (Paix à son
âme), Youssouf Djira, Emmanuel Koffi, Souleymane
Coulibaly (Soro Solo)…Tous ceux-là, c’était le groupe. A
un moment donné, j’étais obligé de me séparer d’eux car
ils sont journalistes et leurs émissions commencent très
tard des fois, alors, ils peuvent dormir jusqu’à 9
heures-10 heures. Mais moi, je dois être au travail à 7
heures. Et puis quand on ne dort pas bien, le lendemain,
on est désagréable avec les clients. Nous qui avons
évolué étape par étape, on avait besoin de beaucoup de
concentration car personne ne viendra nous aider. Je
n’ai jamais eu d’aide de ma vie. J’ai acheté mes
machines à coudre une à une. Aucune banque ne m’a jamais
fait un prêt.
.
Comment avez-vous résisté à la drogue, à l’alcool, à la
cigarette…
-
Disons que
dans les années 74, à 78, c’était l’époque des danses à
Abidjan. La musique zaïroise était à la mode. Ensuite,
on avait Bob Marley avec son reggae, Prince Nico Mbarca…C’était
vraiment les sorties, les booms…D’abord le couturier ne
pouvait pas faire de la concurrence à quelqu’un d’autre
parce qu’il n’a pas assez d’argent. Ensuite, il n’était
pas quelqu’un de considéré pour dire que les filles
viendront à lui. Si le couturier persiste et veut
forcément vivre comme les autres, son métier va en
pâtir. Je connaissais des amis qui prenaient la drogue.
Moi, on me traitait de gaou. En matière de boisson, je
ne buvais que les sucreries. J’ai connu la femme trop
tard dans ma vie. Ce n’est pas parce que je le voulais.
Mais c’est parce que je ne pouvais pas. D’abord, je
n’avais pas l’argent pour l’avoir car les femmes font
toujours des calculs au sujet des hommes à savoir ce
qu’elles vont gagner en s’engageant avec un tel ou tel
autre. J’ai donc opté pour travailler. Je me suis
renfermé sur moi-même pour travailler. Je travaillais
sans relâche et sans savoir où j’allais. Quand on avait
commencé à être connu, Chris Seydou était inaccessible
pour les autres. Ceux qui ne pouvaient pas aller chez
Chris, venaient chez nous les locaux. Nous aussi, on
n’arrivait plus à respecter les rendez-vous parce qu’on
était seul. On travaillait toutes les nuits. On avait
quand même la force parce qu’on n’était pas éparpillé.
Je ne bois pas. Je ne fume pas et je n’ai pas connu très
vite les femmes.
.
Pouvez-vous dire ce qui vous a véritablement lancé ?
-
A l’époque, si
on devrait faire comme tout le monde, on ne serait pas
là. Chris qui était un créateur a opté pour la matière
africaine. Nous avons aussi pris son exemple. A
l’époque tout le monde voulait s’habiller comme un
blanc. Tout le monde voulait être classique. Mais nous
avons rompu avec ce cliché. On n’a pas voulu rester dans
le classique. On a bouleversé la mode en créant des
vêtements à travers nos matières. Ce qui n’était pas
payant au départ. Il a fallu du temps pour nous imposer.
Abidjan était bourré de boutiques prêt-à-porter. On a
donc révolutionné la mode. On a tout transformé. Puis
sont arrivés les Ciseaux d’Or. Toutes les femmes
qui voulaient être différentes des autres ou qui
voulaient sortir de l’ordinaire venaient chez nous. Ce
sont ces femmes-là qui nous ont lancé. J’ai fait ma
première télé avec Odette Sauyet qui animait une
émission qu’on appelait Akodi en 1985. Et ce
jour-là, on a fait une sorte de défilé à la télé. Il y
avait aussi Benson qui nous a invité. Il faut dire que
la télévision a été pour beaucoup dans la promotion de
la maison Pathé’O. Les Ciseaux d’Or sont
arrivés en 1987. C’était la première fois qu’on faisait
véritablement la promotion du couturier. Le thème du
concours était l’élégance, l’harmonie et la créativité.
Il fallait travailler dans la matière Uniwax avec
un faible pourcentage d’autres matières. J’ai été le
premier lauréat de ces Ciseaux d’Or. Après la
télé, le premier évènement qui m’a lancé véritablement,
ce sont les Ciseaux d’Or.
.
Qu’avez-vous apporté à la mode africaine ?
-
On ne peut pas
se vanter à dire ce qu’on a fait pendant qu’on est là.
Mais je peux dire qu’on a eu des étapes importantes dans
notre carrière. Il y a ma première télé, les Ciseaux
d’Or, la rencontre avec le Président Mandela, celle
avec le Président Gbagbo. Qui a eu la conviction qu’on
peut aussi porter ce qui est fait chez nous et être
soi-même. Ce qui nous a beaucoup aidé. Il y a eu aussi
plusieurs voyages à l’étranger où on a présenté ce qu’on
savait faire. Sans me vanter, je peux dire qu’il n’y a
aucun pays africain où on ne trouve pas du Pathé’O.
Mais on ne peut pas dire qu’on est arrivé un certain
niveau, donc, on doit se reposer. Il y a beaucoup
d’autres choses à faire.
.
Justement, quelles sont les perspectives d’avenir ?
-
C’est
maintenant qu’il faut s’organiser puisque la structure
est là, la reconnaissance aussi. Dieu merci, la ligne
est aimée. Ce qui nous reste, c’est d’avoir des
partenaires qui peuvent croire que dans ce métier, il y
a de l’argent à gagner. Le couturier reste le créateur
et le partenaire est le commercial. Nous sommes
nous-mêmes créateur, fabricant, commercial…Ce qui est
énorme pour une seule personne. Les gens comprendront un
jour qu’il faut investir dans la mode. Il n’y a pas
seulement que le vêtement, il y a le cosmétique, la
parfumerie, la maroquinerie, les accessoires…Il y aussi
beaucoup à faire dans la mode tel qu’on la pratique car
on n’a pas encore atteint la jeunesse. Malheureusement
jusque-là, les gens croient que la ligne Pathé’O
est réservée à une certaine élite. Il faut qu’on arrive
à garder cette clientèle privilégiée qui fait honneur à
note maison mais en même temps, on doit toucher à la
jeunesse.
.
Aujourd’hui, la maison Pathé’O, c’est combien
d’employés ?
-
Quand on parle
de la maison Pathé’O, il faut l’élargir au-delà
d’Abidjan. Si on se limite à Abidjan, on dira 40 à 45
personnes. Si on ajoute ceux qui bossent dans les
boutiques, les dépôts, c’est beaucoup de monde. On
continue à croire à ce que nous faisons. C’est pour cela
que nous venons d’ouvrir une boutique en face de notre
atelier de fabrication à Treichville. On y a mis
beaucoup d’argent car on y croit. Tout ce qu’on gagne
comme argent, on le réinvestit dans les boutiques que
nous installons un peu partout en Afrique et dans le
monde. On sait que l’industrie, c’est forcément la
mode.
.
Vous n’avez jamais eu des moments de doutes, d’angoisse,
de peur… ?
-
Je ne me suis
jamais posé ces questions parce que je ne suis pas
quelqu’un qui cherche des millions. Tout ce que je gagne
dans ce métier, je dis Dieu merci, ça me suffit. Je
n’ai jamais fait un calcul où j’ai placé mon espérance à
un niveau que je ne peux pas atteindre. Non !
Aujourd’hui je peux dire que c’est même trop, c’est
énorme ce que Dieu m’a donné. Donc je n’ai jamais eu de
doute où j’ai pensé laisser ce métier. J’ai toujours
avancé en disant que tout ce que j’ai eu, c’est
beaucoup. Rien qu’avec les relations que j’ai pu tisser
dans la mode, je ne peux rien regretter.
.
C’est quoi les nouveaux défis ?
-
On ne peut pas
défier le temps puisque le temps vient avec tout. Nous
avançons avec le temps en disant qu’un jour les gens
viendront investir dans ce métier comme c’est le cas
dans la musique, le sport…C’est ce moment-là que nous
attendons. Il suffit de s’organiser pour gagner plus et
toucher un monde plus large. Voilà résumés les nouveaux
défis.
.
Vous disiez dans le temps qu’habillez un Président n’est
pas une fierté. C’est normal. Cela tient-il toujours ?
-
Oui, ça
tient ! J’ai dit qu’un Africain qui habille un Africain,
cela n’est pas une fierté. C’est normal. Ce qui est
étonnant, c’est pourquoi ces présidents ne s’habillent
jamais en Afrique ? Un couturier africain qui habille un
président africain, cela n’est pas une fierté. C’est un
devoir. Le côté le plus bénéfique d’habiller les chefs
d’état, c’est qu’ils sont beaucoup plus médiatiques et
s’il y a des gens qui acceptent de nous croire, c’est
énorme.
.
Aujourd’hui, le voile, le lin, le tissé…sont un peu vus
partout. Et cela partie grâce à la maison Pathé’O.
- Nous
avançons sur un terrain où il y a énormément de choses.
Je me suis dit que de toute façon, nous ne pouvons pas
concurrencer l’Europe sur son terrain. Personne ne
travaille mieux nos matières que nous. C’est comme ça
que je vois la chose et c’est pour cela que j’ai décidé
de travaillé dans des matières propres à la maison
Pathé’O. Je fais tisser des pagnes aux motifs que je
choisis. Je fais teindre le voile aux motifs que je
veux…Tout ce que nous utilisons est fait à partir des
idées que nous donnons. A l’époque les gens pensaient
que la qualité était moindre, qu’il y avait des
problèmes de couleurs…Tous ces problèmes ont été
résolus. Nos tissus ont les mêmes qualités que ceux qui
viennent d’ailleurs. Mais ça nous coûte cher le mélange
des couleurs.
.
Par Omar Abdel
Kader
E-mail : omar_tani@yahoo.fr
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