| |
PATHE’O
“Allons vers
les jeunes”

Depuis le début de l’année, Pathé’O n’a
cessé de bouger. En véritable globe-trotter, le
couturier se promène de capitale en capitale pour
présenter et vendre ses créations.Du 15 au 24 avril
dernier, il était à Montréal pour les 20è journées
du festival «Vues d’Afriques».
• Tu sors beaucoup ces temps-ci…
- Je réponds à des invitations. Dans l’année, je
reçois plusieurs invitations qui nécessitent le
déplacement. Souvent, je fais un choix. Pas par
rapport à la rentabilité, mais par rapport à nos
objectifs.
• Lesquels ?
- Nous menons un combat. Pour qu’il aboutisse, il
faut aller vers les gens et leur faire savoir que
l’Afrique, ce n’est pas seulement la médiocrité.
Mais qu’elle est aussi un modèle et possède des
valeurs comme nos vêtements et nos matières. Pour
mes sorties, je favorise les pays où on ne connaît
pas la mode ivoirienne. On a par exemple, les
nouveaux pays comme l’Angola qui sort d’une guerre.
Là-bas, les jeunes connaissent mal la mode qui est
faite dans la matière africaine. Le mois dernier, on
est allé jusqu’au Canada. C’est une découverte et on
doit tout faire pour que ce pays connaisse aussi les
créations de chez nous.
• Un mot sur le voyage au Canada.
- «Vues d’Afriques» est une structure qui gère le
cinéma africain et créole. C’est elle qui m’a
invité. Cette année, c’était son 20è anniversaire.
En même temps qu’on parle de cinéma africain, on
profite pour célébrer la mode africaine. En gros,
nous poursuivons les mêmes objectifs: valoriser la
culture africaine. Nous ne pouvons pas obliger le
Canadien à consommer ce que l’Afrique fait. Mais
nous avons à montrer ce que l’Afrique peut avoir
comme valeur ou ce qu’elle est. Nous devons montrer
un autre visage de l’Afrique. Celui du développement
et de demain.

• C’est le souci de faire connaître tes créations à
l’extérieur qui fait que tu ne présentes plus tes
collections en Côte d’Ivoire ?
- (il baisse le ton) Je crois bien que je suis
quand même la personne qui a fait le plus de défilés
en Côte d’ivoire. Mon dernier défilé remonte à 1999
quand j’ouvrais la boutique Pathé’O au deux-Plateaux
(Rue des jardins). Et puis, il faut que les gens
sachent qu’un défilé de mode ne s’organise pas à
travers un événement dans lequel le couturier est
inséré. Je décline beaucoup d’invitations. Car très
souvent le cadre ne correspond pas à celui dans
lequel je souhaitais m’exprimer. Chaque défilé de
mode nécessite la préparation d’une nouvelle
collection et une nouvelle collection, ça coûte de
l’argent. Quand on veut faire un défilé de mode, on
délègue une équipe pour ça. Tous ceux qui viendront,
c’est pour voir uniquement, la mode. Pas pour
écouter la musique ou voir la danse. Là c’est sûr
que les gens repartiront du spectacle en ayant dans
la tête les images du défilé. Dans les année 80,
c’était comme ça. Mais maintenant, les défilés de
mode, c’est pour meubler une soirée en général.
• Ne penses-tu pas pas qu’il devrait avoir chaque
année un défilé Pathé’O en Côte d’Ivoire.
- Ca, c’est tout à fait normal. Mais ne vous en
faites pas, ça va se faire. Aujourd’hui, j’ai un
objectif qui est à moitié satisfait. Dans plus d’une
dizaine de grandes villes africaines, Pathé’O est
connu. C’est déjà bon. J’ai atteint un niveau où je
dois m’évader pour explorer de nouveaux horizons.
Mais c’est tout à fait normal que chaque année je
fasse des défilés pour la Côte d’Ivoire car la
majorité de ma clientèle se trouve ici.
• Tes créations ont-elles évolué depuis les
“Ciseaux d’or 87” ?
- Pour moi, l’évolution, c’est quand on a une
vision futuriste des choses. Aujourd’hui, en dehors
de notre atelier de fabrication, on a quand même pu
avoir plusieurs points de vente. Je me dis que si le
produit Pathé’O n’était pas évolutif, il ne serait
pas aussi répandu en Afrique. Notre maison s’est
longtemps battue pour amener l’Africain à ne plus
avoir de complexe en portant les habits made in
Africa.
• Habiller les présidents Mandéla, Gbagbo, est-ce
un exploit pour toi ?
- Non, pas du tout. Pour moi, un Africain qui habille
un Africain, il n’y a rien d’étonnant. Ce qui aurait
pu l’être c’est que ces illustres personnalités
continuent en 2004 à ne pas porter ce qui se fait en
Afrique. La seule fierté que nous avons à les
habiller, c’est qu’elles ont été humbles. ces
Présidents ont été les premiers à nous approcher et
à apprécier ce que nous faisons. Et ce sont des gens
très médiatiques.
• Aujourd’hui crois-tu que tu es arrivé à ce que tu
voulais réaliser ?
- Non pas du tout ! Beaucoup reste à faire. Quand
on est sur la place on a l’impression qu’on a
évolué. Mais lorsque vous bougez, vous vous rendez
compte de ce qui reste à faire. Plus on voyage, plus
on voit que le combat continue; on voit quel est le
besoin des populations, etc.
• Comment penses-tu passer un jour de l’informel à
la phase industrielle ?
- Nous sommes à la phase de sémi-industrialisation. Je
ne peux pas dire que nous produisons des milliers
d’habits par jour. Pour nous, il fallait d’abord
créer le besoin et savoir où est le marché. Donc si
nous arrivons déjà à faire connaître nos produits, à
travers l’Afrique et que nous savons que le marché
existe, on peut penser à créer l’industrie de la
mode. Même si nous n’avons pas les moyens, nous
aurons certainement des hommes d’affaires qui
viendront investir, parce qu’ils savent que ça
rapportera. Mais c’est à nous de leur faire savoir
qu’il existe un marché de la mode en Afrique.
• Des projets ?
- Dans un proche avenir, il y aura d’autres
produits Pathé’O qui viendront s’ajouter à ce que
nous avons. Il y a une sorte de barrière qui empêche
les jeunes de venir vers Pathé’O. Ils pensent que
nous sommes inaccessibles. On aura une ouverture
vers la jeunesse.
• Comment ça se passera ?
- C’est très simple. Il suffit de créer ce qui est
jeunesse. Il faut leur faire savoir que ce qu’ils
achèteront dans une boutique de prêt-à-porter, ils
le trouveront chez Pathé’O. Il faut surtout créer
une ligne pour les jeunes.
• A quand un défilé PathéO à Abidjan ?
- Ca va venir. Mais ce sera un défilé
professionnel. Ca ne saurait tarder. Vous aurez un
défilé Pathé’O et bien d’autres.
Par Omar Abdel
Kader
E-mail : omar_tani@yahoo.fr
Source: Top Visages |
|