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PATHE’O
Il faut
bouger, bouger
Ses projets pour cette
année, son regard sur l’évolution de la mode
africaine, constituent le menu de cette causerie
avec Pathé’O.
06/04/06
• Quel est votre projet le plus
immédiat en 2006 ?
- On va procéder, dans les
mois à venir, à l’ouverture de la deuxième boutique Pathé’O
à Ouagadougou. Ce sera dans le nouvel hôtel (5 étoiles) de
Ouaga 2000. On va aussi installer une boutique Pathé’O à
Kinshasa, en lieu et place de la représentation. En avril,
on répondra à une invitation de la créatrice Collé Sow Ardo,
à Dakar et en mai, nous serons à Pointe-à-Pitre, en
Guadeloupe pour un défilé. Ce qui est important pour nous
aujourd’hui, c’est de continuer à aller vers les gens pour
leur faire savoir que la maison Pathé’O existe. Puisque la
mode africaine est en train de gagner du terrain, il n’est
plus question pour nous de nous contenter d’être dans un
pays et travailler pour une clientèle restreinte. On s’ouvre
donc à tous en utilisant différents produits.
• Est-ce facile, la conquête des capitales africaines ?
- Rien n’est facile. Ça a été très dur de convaincre
l’Ivoirien de sortir avec un habit fait en Côte d’Ivoire. On
a donc travaillé et retravaillé. On s’est forgé une image.
D’abord, on a réussi à convaincre les dames. Quand, elles
sortaient avec des vêtements faits en Afrique par des
Africains, elles se trouvaient beaucoup plus belles. Petit à
petit, on a amené les hommes à trouver une certaine
crédibilité ou une joie en portant les habits africains. Le
message est peut-être beaucoup passé en Côte d’Ivoire mais
il reste de nombreux autres pays à convaincre.
• …
- Quand, on va dans un pays comme le Cameroun, c’est
nouveau. On a l’impression d’être dans un pays africain mais
les habitants sont des Blancs. Tout le monde est en costume,
en polo ou en jean…Ce n’est pas la faute à la population car
on ne lui a pas offert autre chose. Elle n’a pas eu le
choix. La seule possibilité, c’était le vêtement venant de
l’autre côté. C’est pour cela, nous voulons inverser la
tendance en offrant aux habitants autre chose qui est faite
en Afrique par des Africains. Nous ne les obligeons pas
mais, nous créons les habits dans lesquels, ils se
retrouvent. C’est ça le combat aujourd’hui : aller vers les
gens pour les amener à porter ce qui est fait en Afrique.
C’est pour cela que je parcours le monde pour installer des
boutiques partout. Ce n’est pas mon travail car je suis
fabricant. Mais comme il n’y a personne pour le faire ou qui
croit en nous, alors je le fais moi-même.
• Pensez-vous pouvoir gagner ce combat surtout que
l’Occident inonde nos capitales de vêtements ?
- Il y a un peu la faute des créateurs qui n’ont pas pu
offrir à nos consommateurs un choix. Un Africain qui veut
sortir est toujours tenté par la veste car c’est ce qui est
le plus regardé, le plus vu, le plus considéré. Mais si nous
lui donnons autre chose qui va avec son teint, qui cadre
avec son statut…il va choisir tout de suite. Il y a des
endroits où un habit Pathé’O vaut de l’or. Si on commence à
proposer à nos populations divers choix, c’est évident qu’on
arrivera à les convaincre. Elles n’iront plus à Milan, à
Paris ou à Londres pour s’acheter des vêtements. D’ici dix
ans, ce sera fini. C’est vrai que c’est un combat de longue
haleine. N’oublions pas que les autres arrivent et ils ne
nous laisseront pas faire. C’est leur marché que nous
voulons prendre. Ce n’est pas un combat physique. Il est
mental et culturel. Certains chefs d’Etat nous ont donné un
coup de main important en portant nos créations. A leur
suite, les autres vont venir.
• Très souvent pour les grandes cérémonies ou les sorties
importantes, le Président Gbagbo porte du Pathé’O.
- Bon, moi, je ne l’ai pas remarqué. Ce que je sais,
c’est que le Président de la République est client chez moi.
Il est une des personnalités africaines qui a enlevé le
mythe du vêtement présidentiel. Généralement, quand on veut
rencontrer un président, on met des mois pour chercher un
costume pour ça. Maintenant, quand on arrive chez lui, il
est en chemise Pathé’O. Et en plus, il n’est pas gêné. Je ne
sais pas s’il y a une raison particulière pour que le
Président Gbagbo porte du Pathé’O. Mais s’il le fait, je
crois que c’est parce qu’il les aime.
• Pourquoi vous et pas les autres couturiers ?
- Les autres se sont mis dans la danse récemment. Vous
savez, il y a des habitudes qui s’installent chez quelqu’un.
Ca fait quand même longtemps que le Président Gbagbo
s’habille dans nos créations. C’est maintenant qu’il est
beaucoup plus visible que les gens voient cela. A l’époque,
il passait inaperçu. Aujourd’hui, c’est devenu une bataille
mais c’est de bonne guerre. Il est le président de tout le
monde.
Par Omar Abdel
Kader
E-mail : omar_tani@yahoo.fr
Source: Top Visages |
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